7 semaines, 6 océans bonheurs et douleurs d'un tour du monde record

Atlantique Nord de Ouessant à l’ Equateur : Pur Bonheur

« Le stand-by à Brest a été tellement court que je suis parti avec un influx intact. Je me suis fait un plaisir fou dans cette descente vers le Pot-au-Noir, même si le début a été beaucoup moins facile que prévu, avec des grains assez violents et pas mal de manœuvres, en particulier pour éviter le dévent de Madère. Mais je me suis tout de suite senti en phase avec le bateau. L’expérience accumulée m’a permis de bien gérer ce début de tour du monde. J’ai connu des moments de pur bonheur. Glisse parfaite, hautes vitesses, mer dans le bon sens. Nos grands trimarans sont exactement faits pour ça. Et je n’ai jamais connu un passage du Pot-au-Noir aussi facile. » 23 heures d’avance à l’équateur.

 

Atlantique Sud de l’ Equateur au cap de Bonne Espérance : Ouvrir la fenêtre

« J’ai encore connu deux ou trois jours de rêve, à ce détail près que j’ai découvert les premières petites casses. Je n’étais pas surpris : j’ai réparé. Très vite, j’ai commencé à gamberger sur la position de l’anticyclone de Sainte-Hélène. Quand Jean-Luc a fini par m’avouer que j’étais contraint d’effectuer un détour de 800 milles, j’étais consterné ! Pourtant, j’ai réalisé que notre potentiel de vitesse changeait complètement la donne. A condition de ne jamais lever le pied, évidemment. Quand il a fallu enchaîner des dizaines d’empannages entre la zone des glaces et la limite des calmes, j’ai choisi de pousser un peu au-delà du raisonnable côté glaces. C’était un risque, mais grâce à cela, nous sommes arrivés en avance à Bonne Espérance. C’était épuisant, mais ça a tout changé. La fenêtre du départ restait excellente. Conclusion : pour qu’une fenêtre soit vraiment bonne, il faut l’ouvrir soi-même. » 1 jour 5 heures d’avance à Bonne Espérance.

 

Océan Indien du cap de Bonne Espérance au cap Leeuwin : Petites victoires

« J’ai toujours redouté cet océan. A peine le sud de l’Afrique dépassé, il a fallu remonter vers le nord pour éviter un noyau tempétueux où les vagues dépassaient les dix mètres. La mer était chaotique, hostile. Et nous foncions là-dedans au reaching. C’était brutal. Et puis mon genou s’est infecté. Les antibiotiques ne faisant aucun effet, les toubibs commençaient à envisage de me dérouter sur l’Australie. C’était hors de question. Un deuxième antibiotique a mis du temps à donner des résultats. Je me trainais sur une jambe, j’avais de la fièvre, mon genou enflait. Il faisait un froid terrible, la mer était infernale. J’étais obligé de me déshabiller deux fois par jour pour traiter la plaie. Enfin, les médicaments ont fait de l’effet. Seul problème, j’avais épuisé toute ma réserve d’antibiotiques. Et puis on a heurté une baleine, le système de barre a été touché. Il a fallu que je trouve la solution tout seul. J’ai fini par utiliser une sangle à cliquets pour réunir deux bouts de barre de transmission. Ce genre de petites victoires m’a aidé à tenir. » 1 jour 12 heures d’avance au Cap Leeuwin.

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Océan Pacifique du cap Leeuwin au cap Horn : Des vitesses fantastiques

« Je n’ai pas vu le soleil une seule fois, mais je suis allé vite, vraiment très vite. Je n’avais pas le choix, j’avais une tempête tropicale aux fesses. Si elle m’avait rattrapé, je ne sais vraiment pas ce qui se serait passé. Alors j’ai cravaché comme jamais, j’ai tenu des moyennes que je ne pensais pas pouvoir atteindre en solitaire. C’était dément. Mais je peux dire que j’ai pris un plaisir fantastique. Je suis descendu jusqu’à frôler le 60ème sud. L’eau était à 0°C. En arrivant sur le plateau continental chilien, la mer est devenue énorme. Et dans ces creux incroyables, la taille de Sodebo Ultim’ n’était plus un atout. J’ai décidé de réduire la toile et je m’en veux encore. J’ai raté la transition du Horn à quatre heures près. Jusque-là, j’étais plutôt content de ce que j’avais fait. » 4 jours 59 minutes d’avance au cap Horn.

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Atlantique Sud du cap Horn à l’ Equateur : Trois ascensions dans le mât

« J’ai attaqué cette remontée aussi épuisé que débordant de culpabilité à propos de ma décision de lever le pied avant le Horn. En même temps, si j’avais tenu mon rythme fou, la route idéale m’aurait envoyé dans l’est des Malouines, et j’aurais de nouveau flirté avec la limite des glaces. Je crois que je ne voulais retrouver ce stress-là à aucun prix. J’en ai connu un autre. La météo au large de l’Argentine est compliquée, pleine de transitions, de coups de vent brutaux et de calmes soudains. C’est dans ce chaos que j’ai été contraint de monter au mât à trois reprises. Chaque fois c’était scabreux. De nuit, j’ai perdu ma lampe frontale. Je n’arrivais plus à retrouver le cordage du descendeur. Je me suis retrouvé suspendu dans le vide, très loin en arrière du mât. J’en ai encore des bleus à la jambe. » 6 jours 11 heures d’avance à l’équateur.

 

Atlantique Nord de l’ Equateur à Ouessant : Impossible de trouver le frein

« La remontée de l’alizé a été horrible. Je fonçais au vent de travers face à la mer. Tout ce que détestent nos grands multicoques. Et j’avais un mal fou à trouver le frein. Or Sodebo Ultim’ ne demandait qu’à s’envoler sur les crêtes. L’atterrissage était d’une brutalité monstrueuse. Je me disais que j’allais tout casser, que le mât n’allait pas résister. Mais il fallait cravacher. Jean-Luc (ne me laissait pas le choix. La route imposait un grand détour autour des Açores, et si je n’arrivais pas à partir devant un front froid, j’allais plonger tête baissée dans une forte tempête. Donc, j’ai serré les dents et j’ai tenu.

Ensuite, dans le dernier tronçon j’avais peur de taper quelque chose. Quand j’ai traversé le rail des cargos, avant Ouessant, la visibilité était quasi nulle. L’écran radar me montrait des navires tout proches, je ne les voyais pas. Je fonçais dans la brume à 28 nœuds. Dès que j’ai franchi la ligne, j’ai tout largué, je suis tombé à genoux dans le cockpit. Sur le moment, record ou pas, je me moquais de tout : c’était fini. » 8 jours 10 heures et 26 minutes d’avance à l’arrivée.

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Sodebo, la liberté a du bon !